La Bouquinerie

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Volontaires arméniens


Préface

de René Adjémian

 

L'ordre d'extermination des Arméniens de l'Empire ottoman était donné dès le 24 avril 1915 avec l'arrestation et la disparition par les autorités turques de près de 600 intellectuels Arméniens par les Turcs.
Malgré le génocide qui frappait le peuple, les Arméniens ont résisté et brillamment. Certains ont pris les armes pour ne pas se laisser égorger comme des moutons. C'est cette épopée héroïque que nous vous invitons à revivre dans cet album tiré de l'oubli.
Permettez-moi de vous conter en quelques mots la genèse de ce livre que vous tenez entre vos mains.
Je suis expert en livres anciens depuis plus de 35 ans et mon métier de libraire ancien m'a permis de trouver des milliers de livres fort rares, certains vieux de plus d'un demi-millénaire. C'est toujours avec une émotion intacte que la magie opère lorsque j'ouvre pour la première fois cet obscur objet de mon désir qu'est un livre ancien. Chaque fois que le hasard m'a fait dénicher un livre parlant de l'Arménie, mon cœur a vibré un peu plus fort, je dois vous l'avouer même si je suis de la troisième génération de ceux qui ont fui leur pays. Quelle fut donc mon émotion lorsque je feuilletais pour la première fois ce livre ! J'y vis sous mes yeux le fameux Andranik tant chanté par mon grand-père et mon père ainsi que par toute une nation. Ma joie fut profonde lorsqu'en parcourant ces feuilles, je revécus l'épopée de nos vaillants volontaires. Cette histoire est peu connue et je m'y replongeais avec délectation.
C'est lorsque l'expert se réveilla et chercha des références si chères à sa profession, je fus étonné de ne pas trouver d'ouvrages similaires chez tous mes confrères du web de toute la planète car aujourd'hui avec cette belle toile c'est monnaie courante d'acheter un livre ancien à San-Francisco, Tel Aviv ou Amsterdam. Mes clients sont également dans le monde entier et nous passons notre temps à expédier des livres aux quatre coins du globe. J'ai aussitôt centré mes recherches sur la France à la recherche de ce livre sur les " Volontaires Arméniens ". Internet m'offrant la possibilité de fouiller dans toutes les bibliothèques publiques françaises dont la BNF (bibliothèque nationale française). Sur plus de 25 millions de livres répertoriés, aucune trace de cet ouvrage sur les " Volontaires Arméniens "… Incroyable mais vrai !
De ce constat, mon autre casquette, celle de l'éditeur a pris la relève.
Pourquoi ne pas mettre cet album extraordinaire à la portée de tous ?

Depuis quelques décennies, j'édite principalement des livres sur ma région l'Ardèche et la Drôme avec plus de 300 ouvrages publiés et un seul titre sur mon pays (David Vinson, Les Arméniens dans les récits de voyageurs français au XIXe siècle, (1796-1895). Histoire et voyage & Histoires de voyages. Le Français, l'Orient & l'Arménien au XIXe siècle). L'occasion était trop belle d'ajouter une page de notre histoire. Mon ami Krikor Amirzayan, journaliste-caricaturiste et président de l'association culturelle " Arménia " qui chaque année me donne quelques pages à publier sur les Arméniens de Drôme-Ardèche dans mon Almanach, s'enthousiasma tout de suite pour ce projet et vous pourrez lire son étude si pertinente dans la postface en fin connaisseur de l'Arménie et de son histoire.
Ses yeux brillaient et il s'exclamait en tournant les pages, me disant : " Tu as là un trésor, je ne connais pas cette photo, ni celle là…, c'est incroyable !"
J'espère que vos yeux brilleront quelques instants sur ces images qui sont autant de témoignages sur l'Histoire d'un peuple vivant une tragédie : celle du génocide qui était en cours en Arménie.
C'est peut-être aussi grâce à ces hommes héroïques que le peuple arménien ne fut pas totalement anéanti et donna quelques années plus tard à la naissance de la République d'Arménie.
Tel le mythique phenix, l'Arménie renaissait de ces cendres par la magie de ces hommes qui n'avaient qu'une devise " la liberté ou la mort ! ".

Posface de Krikor Amirzayan

Vivre libres ou mourir !

Dans le dernier quart du XIXe siècle le congrès de Berlin en 1878 avec les réformes à accomplir dans les provinces orientales de l'Empire ottoman mettait la Question arménienne dans le feu de l'actualité. Mais la Turquie qualifiée par les diplomates et la presse européenne " d'Homme malade de l'Europe " refuse d'appliquer ces réformes.
En 1894 la révolte arménienne de Sassoun voit une poignée de résistants Arméniens faire face aux troupes ottomanes soutenues par les Kurdes. Les Arméniens résistent avec courage mais face au nombre cette résistance tournera par un bain de sang. Celui de milliers d'Arméniens massacrés par les l'armée turque. En octobre 1895 les 5 000 Arméniens à Zeïtoun font face à 60 000 soldats turcs. Après trois mois de résistance, la révolte arménienne est bisée par le sang et le carnage.
Suivent les massacres hamidiens ordonnés par le sultan Abdulhamid II appelé " le saigneur ", massacres qui feront de 1894 à 1896 près de 300 000 victimes arméniennes à Constantinople ainsi que dans les provinces d'Arménie. En 1908, l'arrivée des Jeune-Turcs au pouvoir avec le Comité Union et Progrès crée l'espoir d'une modernisation de l'Empire et une réconciliation des peuples. Les Arméniens qui fraternisent rapidement avec les Turcs vont très vite déchanter. En avril 1909 les massacres d'Adana font 30 000 morts au sein de la population civile arménienne, en plein cœur de cette Cilicie, berceau du Royaume arménien de Petite Arménie (1080 à 1375).
En novembre 1914 la Turquie entre en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Face à elle, la Russie, le Royaume-Uni et la France. En janvier 1915 la 3e armée ottomane commandée par Enver Pacha est défaite à Sarikamish face aux troupes russes. En représailles, les Turcs se vengent sur la population arménienne accusée de sympathie envers les Russes. Des volontaires Arméniens étant présents au sein de l'armée russe…tout comme dans l'armée turque. L'Arménie étant partagée entre l'Empire ottoman et la Russie. L'occasion est trop belle pour le gouvernement Jeune-Turc qui désarme et liquide les Arméniens incorporées dans l'armée turque.
Les responsables Jeunes-Turcs avec Talaat pacha à leur tête mettent alors à exécution un plan caressé depuis fort longtemps : en finir avec la Question arménienne en organisant le génocide des Arméniens. Face à ce destin tracé, dans nombre de localités, les Arméniens, soutenus par des volontaires arméniens ou fédaïs résistent. Les armes à la main, comme à Van, ils font face courageusement aux armées turques. Souvent de manière héroïque. Mais le génocide est en marche. Il fera 1 500 000 morts en brisant à jamais les deux tiers de la nation arménienne.
La résistance arménienne, en réaction à l'agression turque sauvera néanmoins quelques centaines de milliers d'Arméniens qui trouveront refuge en Arménie orientale qui deviendra la République d'Arménie en mai 1918. Ce bout de territoire représentant une partie minime du territoire historique de l'Arménie, sauvera la nation arménienne de la disparition.

Durant ces années tragiques où se jouait le destin d'un peuple soumis au génocide, les nombreuses persécutions, humiliations et brimades des populations arméniennes de l'Empire ottoman par les occupants Turcs avait réduit en esclave le peuple fier et généreux qui habitait ces terres depuis des millénaires.

Les Arméniens, qualifiés de " nation fidèle " de l'Empire ottoman subissaient pour leurs grande majorité le joug de l'oppression turque. Mais parmi eux, quelques " fous " se révoltèrent pour dire non. La naissance des mouvements de volontaires arméniens -appelés fédaïs- obéissait à cette logique de révolte contre toutes ces injustices.

Les Arméniens de l'Empire ottoman étaient décapités le 24 avril 1915 par la rafle et la liquidation de la plupart des 650 intellectuels et notables arméniens à Constantinople, le massacre des soldats Arméniens de l'armée turque et les déportations massives des populations civiles arméniennes des provinces d'Arménie et d'ailleurs.
Mais une poigné de combattants, les volontaires Arméniens ont prenaient les armes. Pour protéger la population civile arménienne face aux armées turques et les razzias kurdes. Aux cris de " la liberté ou la mort ", ces fédaïs qui avaient juré de vivre libres ou mourir, par leur courage et leurs actes héroïques, souvent au prix de leur vie, ont très vite apporté aux Arméniens un réconfort et un espoir nécessaire à leur survie.
Nombre de ces volontaires et combattants Arméniens sont ainsi devenus des légendes. Aujourd'hui encore, les chansons et les récits qui leur sont dédiées témoignent de leur popularité au sein de la nation arménienne. Qui n'a pas entendu auprès de ses parents ou grands parents, l'évocation d'Antranik, Kéri, Hamazasp, Tro ou Karékine Njdeh dont les noms nous ramènent aux pages glorieuses de la résistance arménienne au " yerguir ", le pays arménien ?

Des dizaines de volontaires Arméniens, généraux, commandants ou simples soldats se sont ainsi illustrés lors des heures les plus tragiques du peuple arménien à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

De ces pages d'Histoire, écrites par ces fédaïs ou volontaires Arméniens, quelques images nous sont parvenues comme autant de témoignages figés d'une époque terrible où le destin entier d'un peuple bascula entre survie et néant.

Cet album " Volontaire Arméniens " édité à Petrograd -aujourd'hui Saint-Petersbourg, en Russie- en 1916 en français, russe et arménien retrace cette épopée de sang et de larmes. Avec parfois quelques larmes de joie après les victoires arméniennes sur les troupes ennemies.

Le mérite de cette réédition revient à René Adjémian, l'éditeur et le collectionneur, dont les racines arméniennes ont exprimé une vive émotion lors de la découverte de cet album, qui est sans doute l'unique exemplaire connu au monde. Ainsi cet ouvrage met à la disposition d'un plus grand nombre de lecteurs, ces documents photographiques et commentaires d'époque qui sont autant de témoignages pour les générations présentes et futures.
Nombre de ces clichés sont très rares, voir inconnus. Cette édition de La Bouquinerie apporte ainsi sa modeste pierre à l'édifice de l'Histoire de l'Arménie.

Que les lecteurs prennent autant de plaisir que nous à parcourir les pages de cet album-témoignage qui nous replonge dans les instants où la tragédie côtoie le pathétique, où l'angoisse de la mort et la joie de la victoire s'expriment dans les regards de ces hommes au courage exceptionnel. Que cet ouvrage aide ces héros célèbres ou anonymes qui ont la plupart payé de leur vie " les chemins de la liberté ", puissent revivre l'espace d'un regard ou d'une lecture dans votre cœur et dans vos esprits.
Pour des instants d'éternité.
Pour l'Arménie d'hier et d'aujourd'hui.


Krikor Amirzayan
Journaliste et caricaturiste
Président de l'association culturelle " Arménia " de Valence



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Dernière mise-à-jour : mardi 30 avril 2002. Last update : 04.30.2002.