acute;tal
(voire d'argent) pour les protéger des attouchements et
même des coups de langues (Vierges de Rocamadour et Orcival).
Au contact du sol, c'est le métal qui aurait produit par
exemple le nitrate d'argent qui aurait coloré les statues
en noir.
3- La fumée des cierges aurait contribué à
noircir les parties décou-vertes des statues.
4- Beaucoup de Vierges sont des répliques faites, soit
pour être promenées en procession, soit pour remplacer
une Vierge abîmée par l'adoration des fidèles.
Les colorier en noir les rendaient plus vieilles, plus authentiques...
5- Le fameux " Nigra sum ", je suis noire du Cantique
des Can-tiques (I,9) qui se poursuit par " sed formosa "
mais je suis belle et par : Ne prenez pas garde à mon teint
hâlé, c'est le soleil qui m'a brunie.
Notons, parmi les Vier-ges Noires les plus célèbres,
celles de Char-tres, Four-vière, Roca-ma-dour, du Puy...
6- Les Vierges noires sont censées avoir été
ramenées des Croisades du marché de Jérusalem
par exemple, or les artistes orientaux repré-sentaient
aussi les Vierges en noir parce que cette couleur est estimée
pour la carnation à l'égal du blanc.
7- Par assimilation, la figuration des person-nages venant d'Orient
était censée être de couleur noire. Ne trouve-t-on
pas en noir un Christ (St-Flour), sainte Anne (Chartres - vitrail
du transept noir, Champa-gnac ou Com-ma-ra), sainte Cathe-rine
( Mont-moril-lon), et sain-te Sara dite l'Égyp-tienne...
Les Vierges Noires sont fort nom-breuses en Euro-pe : N.D. de
Hal à Lon-dres, Roumanie (Bu-ca-rest), Espa-gne (Avila),
Ita-lie (Naples, Venise.). Une tapisserie à Salers repré-sente
Joseph et la Vierge en noir, Jésus est blanc.
8- Dans l'Antiquité, le noir fut consacré aux divinités.
L'Isis de l'Égypte est ténébreu-se, Krishna
le plus beau des dieux indiens est noir. Les musulmans ont dans
leur sanc-tuaire le plus sacré, la Kaaba, une pierre noire.
Il n'était donc pas du tout choquant de repré-senter
une mère du Christ en noir dans les églises qui
fleuris-saient sur les côtes d'Asie Mineure.
9- Notre art roman doit aux Coptes. Les Arlé-siens et Marseille
avaient des échanges fort nombreux avec eux et faisaiaient
des pélerinage en Égypte. Or les Coptes christia-nisaient
Isis. Les sta-tues n'ont été faites ni en ébène
(connu au XIIIe) ni en basalte noir (trop dur à sculpter).
Nous pouvons aussi ajouter que de nom-breuses statues antiques
romai-nes retrouvées sur des sites ont été
prises à tort pour celle de la Vierge. Cybèle, dont
le culte était très ancien a été rem-placé
par la Vierge, (Chartes en serait le cas).
Dans une lettre Grégoire le Grand enjoint de " ne
pas détruire les images des anciennes divinités,
mais bien de les conserver pour les consa-crer au culte nouveau."
10- Les Vierges Noires rem-placent les déesses primi-tives,
les déesses anti-ques, les fameu-ses dées-ses mères
qui remontent à la nuit des temps. On parle de leur origine
chthonienne (qui appartient à l'intérieur de la
terre)
Rappelons que c'est seulement en 431 au Concile d'Éphèse
que Marie fut reconnue Mère de Dieu.
Nous avons relevé dans La pierre et la Lumière,
La femme sage de Chris-tian Jacq (p 340) un passage nous intéressant.
Il fait dire à un person-nage qu'il faut peindre en noir
la statue de la mère d'Amenhothep 1er, Ahmès-Néfer-tari.
" - Pourquoi cette reine doit-elle appa-raître noire
?
- Parce qu'elle est la mère spirituelle de la confrérie,
porteuse de toutes les poten-tialités créatrices
comme notre terre noire et féconde*. Elle nous guide dans
les ténèbres et nous fait décou-vrir l'im-mensité
du ciel nocturne où brille la lumière des origines
de la vie.
* Le mot Kemet (l'Égypte) est for-mé de la racine
Kem " noir " par allu-sion au limon, la terre noire
et riche déposée par la crue du Nil. "
Cette théorie peut nous faire re-monter au paléolithique.
Des statu-ettes stéatopyges, aux seins mons-trueux, dans
la position accroupie (de l'accouchement) incarnaient la divi-nisation
de la maternité.
N'oublions pas que c'est quand l'homme passa de la chasse et la
cueillette à l'âge agricole qu'il comprit ce secret
merveilleux : " Si tu veux du pain l'an prochain, enterre
ton grain cette année, car la vie sort de la mort ",
axiome fondamental des mystères d'Eleusis et du mystère
chrétien.
Dès le Néolithique, il y 6 000 ans, la France dût
connaître la déesse de la terre au double aspect.
11- Je poursuivrai le raisonnement jusqu'à une extrême
limite que personne n'a encore formulée. La Vierge symbole
de la mère nous rapproche de la source de la vie et les
recherches sur nos tout premiers ancêtres nous ramènent
dans un coin d'Afrique. Les premiers hommes étaient noirs,
leurs mères noires. Quoi donc de plus logique que de remonter
à la nuit des temps, celle de nos chromosomes " profonds
" ? Nous avons tous des gênes noirs ! Cette image est
rassurante alors que lorsqu'on a demandé comment était
la Vierge à ceux ou celles qui l'avaient vue lors d'apparitions,
ils ou elles ont déclaré qu'elle était blonde
aux yeux bleus et... blanche !
Voilà dix raisons qui vous confirmeront ou infirmeront
dans votre opi-nion. Libre à chacun d'y croire ou non,
de prier ou non celle qu'il lui plaira.
Le Couronnement
de Notre-Dame de la Mure
Cornas avait une abbaye men-tionnée en 940, dépendant
de Saint-Chaffre, elle même dépendant du Puy. Une
" mure " (latin mura) est un enclos muré, refuge,
poste militaire, cara-vansérail, petit sanc-tuaire. Celle-ci
borde la voie romaine qui va de Cornas à Guilherand. Notre-Dame
occupe une chapelle dans les vignes non loin de Cornas. Elle était
au départ dans la chapelle du château de Durtail
que les huguenots détruisirent en 1570. La chapelle relevée
en 1901, ruinée en 1793 fut réparée en 1854.
Alors fut rapportée la statue disparue à la Révolution
et sauvée par une famille inconnue.
" C'est une majesté d'un bloc étrange: l'artiste
a sculpté d'un seul bloc la mère, l'enfant et le
man-teau en cloche."
La chapelle restaurée rouvrit ses portes et le pèlerinage
recommença.
En 1935, des fêtes attirent plus de 3 000 personnes. Le
couronne-ment de la Vierge est demandé par Monsei-gneur
Leynaud, archevêque d'Alger.
Pendant la guerre de 39-45, un obus épargne miraculeusement
la chapelle. Le 15 août 1944, lors des terribles bombar-dements
de Valence, une foule de fidèles est blottie dans la chapelle
pour les Vêpres. La prière est fervente et le curé
propose de faire un double vu pour obtenir la protection
de la Madone : la restau-ration totale de la chapelle et l'obtention
du cou-ron--nement.
Quelques jours plus tard, du 27 au 30 août 1944, l'armée
allemande en déroute ne commettra pas d'exactions à
Cornas.
Les paroissiens se sont montré fort géné-reux,
des terrains furent donnés, la chapelle agran-die. Les
couron-nes de la Vierge et de l'Enfant-Jésus furent exécutés
par les ateliers d'art religieux Amédée Cateland
de Lyon. 89 pierres précieu-ses offertes (saphirs birmans
et australiens, opales) ont été mon-tées
en cabochon. Des rubis, des grenats, des éme-raudes ornent
la petite couronne.
La cérémonie se déroula devant des milliers
de personnes et commença par cette antienne prononcée
par Mon-seigneur Cou-derc à genoux :
Regina cli lætare, Alléluia
Reine du Ciel, réjouissez-vous, Alléluia
Afin de parfaire mon article, je suis allé en mai 2006,
aux Saintes-Maries-de-la-mer, pour voir une Vierge noire. En entrant
dans la crypte illuminée de centaines de cierges, j'ai
aperçu une femme voilée, agenouillée qui
priait et touchait la robe de sainte Sara. J'ai été
ému et ai pensé à ces milliers de croyants
aux pieds de ces Vierges au fil des siècles...
Une personne qui m'accompagnait a fui en entrant dans la même
crypte ayant pensé m'a-t-elle dit à un culte païen,
tout à fait primitif, un culte des idoles. Deux personnes,
deux appro-ches. Il ne vous reste plus qu'à aller voir
une de nos Vierges Noires ardé-choises ou drômoises,
histoire de vous faire votre opinion. À défaut,
la magnifique Vierge blanche de Notre-Dame-des-Neiges, à
Saint-Laurent, mérite le voyage !
Dossier Vierges Noires en 3 parties. Suite page 163